Dossier
Vendredi 30 octobre 2009 | 07h00
Google maître du mondeGoogle veut numériser la bibliothèque nationale de France. Google veut lancer un service gratuit de guidage vocal par satellite via téléphone portable. Google a mis un pied dans la vente de musique en ligne. Trois annonces en une semaine. L’occasion d’ouvrir un dossier.
L’image fait désormais partie de la légende : lorsque Sergei Brin et Larry Page, deux étudiants de l’Université de Stanford, créent Google en septembre 1998, les locaux de la société sont situés dans le garage d’une maison de Menlo Park en Californie. Leur crédo : « Organiser l’information mondiale et la rendre universellement accessible et utile à tous. »
1999
En 1999, la société réalise son premier tour de table, d’un montant de 25 millions de dollars, en provenance des fonds d’investissement Sequoia Capital et Kleiner Perkins Caufield & Byers. Elle en profite pour ouvrir ses premiers bureaux officiels à Palo Alto. En 2000, Google signe son premier fait d’armes : il devient le fournisseur officiel de la technologie de recherche du portail Yahoo.
En dix ans, le moteur de recherche aura su s’imposer comme la porte d’entrée incontournable pour naviguer sur le web : en juillet 2008, plus de 722 millions de personnes ont visité l’un de ses sites. Pour la France, la société détient une part de marché dépassant les 86 % loin devant la concurrence de Yahoo ou Microsoft.
Le service s’est progressivement étoffé en prenant en compte les actualités, les photos, les blogs, les livres. Mais d’autres fonctionnalités ont aussi disparu, comme Froogle qui se voulait un moteur de comparaison des prix.
2000
En octobre, lancement du système publicitaire Adwords. Google a peaufiné son modèle économique et lance ce qui lui a permis depuis de financer tous ses succès : le système publicitaire Adwords. L’idée est simple et pourtant révolutionnaire : permettre aux annonceurs de placer des enchères sur les mots-clés qui sont tapés par les internautes, pour pouvoir faire apparaître des liens commerciaux à côté des résultats de recherche.
Par la suite, Google a développé son offre de services, avec AdSense, qui rassemble un réseau d’éditeurs de sites internet ou de blogs qui acceptent de faire apparaître les liens sponsorisés gérés par Adwords. La société tente également une diversification avec le rachat de dMarc Broadcasting, une société spécialiste de la publicité radio. Son ambition : que le système Adwords puisse être utilisé pour gérer des campagnes marketing quel que soit le média (internet, mais aussi radio, télévision ou encore presse papier).
Sur 2008, l’activité des liens sponsorisés représente encore plus de 90 % des 16,6 milliards de dollars de chiffre d’affaires réalisés par le groupe.
2001
L’année 2001 marque le temps de la raison pour la start-up : ses fondateurs acceptent de laisser la gestion exécutive de la société à Eric Schmidt, ancien directeur exécutif de Novell. De quoi donner à Google plus de respectabilité pour séduire les investisseurs. C’est à cette époque aussi qu’est apparu pour la première fois la devise « Don’t be evil », censée symboliser la singularité et la bonne volonté du moteur de recherche sur le marché.
2004
Nouveau lancement d’importance pour Google : la mise en ligne de son service de messagerie en ligne Gmail. Et une première déclaration de guerre contre ses deux principaux rivaux Yahoo et Microsoft : GMail dispose d’un stockage de 1 Go, contre seulement 6 et 4 Mo à l’époque pour la concurrence. Mais Google déclenche aussi la polémique, en greffant son outil de liens sponsorisés à GMail : cela signifie que ses robots « lisent » les e-mails des utilisateurs pour faire apparaître sur les pages des liens sponsorisés.
Depuis le lancement, l’espace de stockage de GMail est passé à 7 Go, et quelques fonctionnalités ont été ajoutées, telles que la messagerie instantanée. Mais le produit n’a pas fondamentalement évolué.
En août 2004, tout le secteur de la finance a les yeux braqués sur Google pour son introduction en Bourse, sur le Nasdaq, au prix de 85 dollars l’action. Au fil des nouveautés et des décisions stratégiques, le titre progressera de façon exponentielle, pour atteindre un record de 747 dollars en novembre 2007.
Depuis le titre a été quelque peu chamboulé, avec le rachat de DoubleClick, les incertitudes sur les revenus publicitaires et les bisbilles entre Yahoo et Microsoft. Dernièrement, l’action Google était côtée aux alentours de 430 dollars, ce qui permet à la société d’afficher une capitalisation boursière de 136 milliards de dollars.
2005
2005 marque pour Google son arrivée sur le terrain de la cartographie : la société lance à quelques mois d’intervalles Google Maps, puis Google Earth. Le premier s’est imposé depuis comme l’un des services de cartographie de référence, notamment grâce à ses API ouvertes, qui permettent aux développeurs du monde entier d’insérer l’interface dans leur site.
Le second sert plus de vitrine technologique pour Google, qui y a déployé ses clichés satellites, sa technologie 3D ou encore une cartographie du ciel. Le tout étant étroitement lié avec les autres services de la société, comme Picasa ou YouTube.
2006
En 2006, le Net bruisse d’une nouvelle révolution, la vidéo en ligne. Google n’est pas en reste avec son service Google Vidéo. Mais pour une fois, la société est à la traîne et peine à imposer son système, tant vis-à-vis des fournisseurs de contenus que des utilisateurs. Pragmatiques, les dirigeants de Google se tournent alors vers la start-up la plus prometteuse du secteur, YouTube. Il s’agit de la première grosse acquisition pour Google, qui en octobre doit débourser plus de 1,65 milliard de dollars pour mettre la main sur la plate-forme d'échange vidéo.
Le moteur de recherche s’octroie du même coup la place de numéro un mondial sur le secteur de la vidéo, avec une part de marché de 34 % aux États-Unis (5 milliards d’utilisateurs en juillet 2008, selon Comscore) et 28 % en France. Il s’attire en même temps des ennuis, car YouTube est accusé par de nombreux producteurs de violer leur copyright. Le moteur est d’ailleurs en plein procès avec Viacom sur ce sujet, qui lui réclame un milliard de dollars de dommages et intérêts.
Parallèlement, Google doit encore faire ses preuves pour monétiser le site. L’objectif pour sa filiale est d’être rentable d’ici à la fin de 2008, mais le format publicitaire idéal est loin d’être trouvé. Tout récemment, YouTube a proposé un nouveau format, qui consiste à insérer un bandeau publicitaire transparent dans les vidéos.
En 2006 aussi, Google se positionne encore plus frontalement face à Microsoft en proposant Google Documents, un traitement texte en ligne, qui sera bientôt complété d’un calendrier, d’un tableur et d’un logiciel de présentation. De quoi mettre en place les prémisses d’une suite bureautique en ligne, dans une stratégie où Google cherche de plus en plus à éloigner l’utilisateur de son disque dur, pour lui proposer des applications entièrement en ligne.
2007
Nouvelle acquisition de taille pour Google en avril 2007 : le moteur de recherche annonce le rachat de la société DoubleClick, fournisseur de solutions de gestion de campagnes publicitaires en ligne. L’objectif : se renforcer sur un secteur où la société est quasiment absente, les bannières publicitaires et, ce que l’on appelle plus généralement, le display. Le moteur de recherche débourse 3,1 milliards de dollars pour cette acquisition, qui ne sera définitivement validée qu’au bout d’un an.
Les régulateurs européens et américains se sont montrés plutôt tatillons au regard des conséquences industrielles d’une telle fusion. Il faudra plusieurs mois de lobbying à Google pour convaincre les autorités de la concurrence. En revanche, ils se sont refusés à prendre en compte, dans leur évaluation, les questions de protection de la vie privée.
S'il est un secteur où la stratégie de Google est disons plutôt vaporeuse, c’est celui des réseaux sociaux. Alors que 2007 marque l’explosion de Facebook et la confirmation du succès de MySpace, la société reste très en retrait. Elle dispose, depuis 2004, de son propre réseau social, Orkut, dont la fréquentation reste très en dessous de celle des leaders du secteur : 34 millions d’utilisateurs pour Orkut, contre 132 millions pour Facebook, en juin 2008.
Face à ces difficultés, Google a décidé d’aborder la question des réseaux sociaux par un autre aspect : celui de l’interopérabilité. En novembre 2007, la société a publié une série d’API, baptisée Open Social, qui doivent permettre à ceux qui les adoptent de rendre les applications web compatibles sur plusieurs réseaux, de façon à ce que les utilisateurs n’aient plus à gérer plusieurs identités.
LinkedIn, Hi5, iLike, Viadeo, Friendster, Plaxo et MySpace participent à l'initiative.
En novembre 2007, présentation de la plate-forme mobile Android. Le moteur de recherche n’oublie pas la téléphonie mobile. Si la plupart de ses services sont optimisés pour une utilisation sur un combiné mobile, Google ne compte pas en rester là. En novembre 2007, il présente sa plate-forme logicielle Android, qui intègre une interface utilisateur, des applications et un système d’exploitation. Elle permet à la société de se positionner face à Symbian et Windows Mobile, au moment où l’internet mobile commence à décoller.
2008
En septembre, Google lance Chrome, son navigateur internet open source. Au-delà de vouloir relancer la guerre des navigateurs avec Firefox et Internet Explorer, l'ambition avouée est de faire de Chrome le point d’entrée incontournable pour l’accès au Net, et d'imposer sa stratégie qui consiste à délocaliser les applications en ligne, plutôt que sur le disque dur.
Le lancement de Google Chrome a donné lieu à une polémique désormais habituelle pour Google : la question de la protection de la vie privée des utilisateurs. De nombreuses voix s’inquiètent de l’omniprésence de la société sur le web, ce qui lui permet de collecter un nombre de données gigantesques sur les utilisateurs. L’exploitation qu’en fait le moteur de recherche à des fins publicitaires et commerciales, mais aussi surtout le fait qu’il pourrait être victime d’un piratage à grande échelle ou encore contraint par la justice à livrer certaines données très précises, sont au cœur de ce débat.
Google tente bien de rassurer, notamment en réduisant par exemple la durée de rétention de ses logs. Mais le moteur de recherche reste sous l’étroite surveillance des autorités de protection des données, et chaque nouveau lancement de produit semble le rapprocher un peu plus d’une éventuelle sanction.
2009
Le groupe internet Google a présenté mercredi 28 octobre un service gratuit de guidage vocal par satellite susceptible de faire des téléphones portables une alternative crédible aux GPS traditionnels.
Le nouveau téléphone Droid de Motorola, vendu à partir du 6 novembre par l'opérateur américain Verizon, sera le premier appareil offrant cette fonctionnalité, réservée à la nouvelle version du système d'exploitation Android développé par Google pour les portables.
Le service de guidage Google, qui pourrait limiter l'appétit des consommateurs pour les appareils du Hollandais TomTom ou de l'Américain Garmin, offre des images en trois dimensions, et du guidage vocal tournant par tournant, avec informations en temps réel sur l'état du trafic.
Par ailleurs, le géant d'internet Google a mis un pied dans la vente de musique en ligne en dévoilant le 28 octobre 2009 un service pour trouver, écouter ou acheter des morceaux sur la Toile. Google a annoncé une alliance avec les diffuseurs de musique Lala.com et iLike au siège de la maison de disques Capitol Records à Los Angeles. De cette alliance est né le service "Google music search", qui permet de trouver une chanson grâce au nom des artistes, aux titres et même aux extraits de paroles.
Frédéric Mitterrand et Nathalie Kosciusko-Morizet ont lancé, le 26 octobre, les travaux de la commission chargée d'évaluer l'opportunité d'un partenariat entre la Bibliothèque nationale de France (BNF) et un opérateur privé pour la numérisation du fonds documentaire.
Partenaire depuis 2005 du projet de bibliothèque numérique Gallica, la BNF s'est lancée dans une politique ambitieuse de numérisation. Objectif : rendre accessible au plus grand nombre le patrimoine français (voir capture d'écran ci-dessous). Aujourd'hui, près de 850 000 documents sont en ligne sur Gallica, dont environ 140 000 livres. L'Etat a investi plus de 25 millions d'euros dans ce projet.
Pour poursuivre la numérisation du patrimoine, le ministère de la Culture veut étudier l'intérêt de nouer un partenariat avec un opérateur privé, notamment avec l'américain Google.
Pour défendre au mieux les intérêts français, la commission sera chargée d'examiner les questions techniques, juridiques et économiques posées par la collaboration avec une société privée, et plus particulièrement avec Google.
Un rapport d'étape sera remis au ministre le 25 novembre, le rapport définitif devant lui être rendu d'ici au 15 décembre prochain
Sources : AFP, ZDnet.fr, Le Figaro.fr, Le portail du Gouvernement
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